lundi 13 avril 2015

On ferme

Le village des Mitaraka ferme ses portes. Les bâches des carbets seront bientôt enlevées, comme on tire une révérence. Il ne restera du camp que des poteaux nus, futurs tas d’humus. Les trois prochains jours seront agités. Soixante-douze heures pour ranger, déloger trente personnes, démonter le camp et rapatrier les équipements. Une retraite en bon ordre, mais précipitée par le satané tempo imposé par les transports aériens.

J’aurai pu intercaler un billet intitulé « Petit précis d’organisation, partie 3 ». Mais même si je raconte souvent n’importe quoi, il ne faut pas exagérer. Il n’y a rien de « précis » dans ce retour. S’il est difficile d’estimer la quantité de déchets à ramener, il est quasiment impossible d’évaluer le poids des échantillons et spécimens, cargaison précieuse, qu’il faudra bien rapporter coûte que coûte. Alors, on procédera au juger à l’œil, et à la « va comme j’te pousse » dans la cabine de l’hélicoptère. Pour l’heure, dans cet entre-deux d’une opération déjà terminée mais pas encore finie, c’est un sentiment mitigé qui domine, une satisfaction teintée de vague-à-l‘âme. Être coupé du monde n’est pas une formule creuse par ici. Sans l’attraction des êtres chers, y retourner ne serait pas chose facile.

L’agrégat de naturalistes sera aussi démantelé. Certains se retrouveront bientôt sur d’autres terrains, mais d’autres ne se reverront que dans plusieurs années. C’est souvent ainsi dans ces parenthèses que sont les expéditions naturalistes, qui unissent dans une même quête une collection d’individus qui ne se côtoient pas forcément dans la vie. Cette collection de personnages aux caractères et parcours différents forme un mélange hétéroclite, mais nourri de la même passion. Une bande de curieux, trop souvent confondus avec des gens bizarres.

« - A quoi ça sert, ce genre d’opération ?
- Votre question est incomplète, il faut demander à quoi ça sert d’apprendre. Parce c’est ce que nous faisons : nous apprenons.
- Mais cette question ne se pose pas !
- Alors vous avez votre réponse. »

Olivier Pascal

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